Présentation

Coordinatrices : Julie Ancian, Marie Mathieu, Lucile Ruault, Anne-Sophie Vozari

Visant à la constitution d’une dynamique collective de travail autour de recherches en cours approchant de près ou de loin la procréation, ce nouvel atelier de jeunes chercheur.e.s en sciences sociales (anthropologues, historien.ne.s, sociologues, politistes, …) propose de mutualiser pratiques de recherche et connaissances théoriques autour des questions relatives à la régulation des naissances, la (non) maternité/paternité, l’accès (ou non) à la parentalité et plus globalement leur encadrement normatif et institutionnel. Doctorantes en sociologie et science politique, convaincues du caractère heuristique de l’usage systématique des lunettes du genre pour étudier l’engendrement et l’enfantement, nous proposons de travailler ensemble les dimensions sexuées et hétéronormées de la procréation. Nombreux sont d’ailleurs aujourd’hui les travaux sur « la production des enfants » (NQF, Vol.30) allant dans ce sens et dont la multiplication récente semble témoigner d’un regain d’intérêt pour ces objets. Il nous semble qu’examiner les relations qu’entretiennent genre et normes procréatives ne peut faire l’économie d’une prise en compte des rapports sociaux de sexe mais aussi de leurs imbrications avec d’autres rapports sociaux (classe, race, âge, sexualité,…). Etre attentif.ve.s à la manière dont ces rapports sociaux s’articulent et se combinent, nous permettra de comprendre la façon dont les inégalités en matière de travail reproductif (relevant particulièrement de la production, l’élevage et l’éducation des enfants) sont reconduites.

Puisqu’elle ne produit pas nécessairement des enfants, la procréation est ici entendue au sens large et renvoie tout autant à la question de la gestion de la fécondité (contraception, avortement, accouchement sous X) qu’à celle des échecs de reproduction (fausse couche, IMG, etc) y compris médicalement assistée. En ce sens, nous inclurons dans notre réflexion les modalités de régulation des naissances et les normes qui les sous-tendent, notamment la norme contraceptive et la norme procréative qui définissent les « bonnes » conditions et la « bonne » temporalité pour avoir un enfant. Si la contraception permet aujourd’hui de dissocier sexualité et reproduction et d’envisager l’entrée en parentalité comme résultant d’un choix, celle-ci n’en demeure pas moins fortement normée : davantage planifiée voire programmée, la procréation n’est plus seulement pensée dans l’intérêt des femmes mais surtout des enfants (Garcia, 2011). Les normes procréatives sont liées à un ensemble d’injonctions – souvent contradictoires – qui prescrivent et proscrivent des règles de santé (suivi gynécologique, suivi de grossesse) et des conduites familiales (injonction à la parentalité, à la maternité, à l’hétérosexualité, à la conjugalité, à la « conciliation »). Néanmoins, nous gardons également à l’esprit que les processus de prise de décision relatifs aux questions de procréation n’ont pas seulement à voir avec les normes médicales et familiales. Il convient également de prendre en compte les contraintes et événements biographiques qui peuvent peser sur les individu.e.s.

Enfin, nous avons choisi d’ancrer nos réflexions dans l’espace de la périnatalité (de la conception jusqu’à la prime enfance) afin de ne pas négliger le poids des dispositifs institutionnels dans l’encadrement de la procréation, de la naissance (comme de son refus ou de son échec) et de l’accès à la parentalité. Ces expériences a priori privées mobilisent des dimensions éminemment politiques, tant elles sont encadrées (gouvernementalité et médicalisation des corps, mais également psychologisation de l’enfantement) par les instances publiques via leurs agents, et plus particulièrement les professionnel.le.s de santé ou du médico-social, exerçant, en outre, des métiers fortement sexués sur lesquels nous souhaitons porter notre intérêt (sages-femmes, auxiliaires puéricultrices, infirmières-puéricultrices, psychologues et psychiatres de maternité, pédiatres…). Il s’agira par ailleurs de nous intéresser aux réticences, résistances et stratégies d’évitement des femmes et hommes face à ces cadres et aux normes qu’ils véhiculent.

L’atelier se composera de demi-journées thématiques, pensées comme des tables rondes, qui auront lieu toutes les six semaines. Suite à deux ou trois présentations de jeunes chercheur.e.s d’une vingtaine de minutes, les communications seront discutées transversalement par l’un.e. d’entre nous ou un.e chercheur.e confirmé.e. Quel que soit l’état d’avancement de vos travaux sur ces questions, vous trouverez dans cet atelier un espace propice à la réflexion. Que vous souhaitiez présenter votre projet de master, de thèse ou de post-doc, un article en cours d’écriture ou  simplement soumettre à la discussion un point problématique dans votre recherche, cet atelier vous est ouvert. Nous clôturerons chaque séance sur un temps d’échanges de « ficelles », savoirs et savoir-faire, et d’informations sur l’actualité de la recherche (séminaires, journées d’études, colloques, appels à contribution ou à communication, publications).

Cet atelier est affilié à Efigies (Association de Jeunes Chercheuses et Chercheurs en Études Féministes, Genre et Sexualités, www.efigies.org) ainsi qu’au Réseau des Jeunes Chercheurs  Santé Société (www.reseau-sante-societe.org).

Contact : gnp.santeetsociete(a)gmail.com