Médecine, sexualité, excision. Sociologie de la réparation clitoridienne chez des femmes issues des migrations d’Afrique sub-saharienne.

Soutenance de thèse de sociologie présentée publiquement par Michela Villani
sous la direction de Michel Bozon

 

Samedi 20 octobre
9h, EHESS, 105 boulevard Raspail, 75006 Paris, Salle 7


Les « mutilations génitales féminines » sont une invention contemporaine. Elles deviennent un objet de débat politique à partir de la fin des années 1970. Le discours juridique et les formulations médicales s’imposent sur la scène internationale, suivis par le discours féministe. Ils tracent ensemble les contours d’un crime reconnu au niveau mondial. Originellement défini comme un problème de santé publique, l’excision du clitoris devient  à partir de l’année 2000, l’objet d’une politique de réparation de la sexualité. En cela, la France est un cas unique, puisqu’elle reconnaît aux femmes excisées vivant en France le droit de voir leur clitoris réparé chirurgicalement. Cette chirurgie prise en charge et remboursée par l’Assurance maladie dès 2004 permet un accès égalitaire à cette innovation médicale et inscrit le droit à la réparation à l’intérieur des politiques sociales.
Sur la base d’un matériel empirique unique, centré sur l’observation ethnographique de deux services hospitaliers de la région parisienne, sur une analyse quantitative de l’ensemble des dossiers médicaux des patientes passées dans l’un des services hospitaliers depuis sa création et sur des entretiens approfondis avec 30 femmes qui se sont adressées à ce service, cette thèse restitue les logiques des deux acteurs impliqués dans la réparation : le corps médical et les patientes. Pour ces femmes issues de la migration d’Afrique subsaharienne, qui constituent un groupe très sélectionné parmi les femmes vivant en France ayant connu une excision, la réparation traduit une véritable recherche  d’égalité dans la sexualité avec les femmes européennes non excisées. Du côté médical, les acteurs accèdent aux demandes de réparation des femmes capables de dénoncer une atteinte et de revendiquer un droit (« je veux qu’on me remette ce qu’on m’a pris »). La réparation clitoridienne constitue un exemple inédit de politique de réparation de la sexualité, au sein de laquelle la médecine, la sexualité, l’excision, les rapports entre un pays et les femmes de son ancien empire colonial, sont questionnés.

Jury:
Armelle Andro, maîtresse de conférences à l’Université Paris 1
Marc Bessin, chargé de recherche au CNRS
Michel Bozon, directeur de recherche à l’Ined, directeur de thèse
Didier Fassin, professeur à l’Institut d’Etude Avancée de Princeton, directeur d’études à l’Ehess
Delphine Gardey, professeure à l’Université de Genève, rapporteure
Laurence Tain, maîtresse de conférence à l’Université Lyon 2, rapporteure